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Démarche

PINHOLE PROJECT, ATELIER NOMADE
L’un des axes de Pinhole Project est de travailler la notion d’itinérance .
Un travail qui oblige à repenser la forme, l’image et l’écriture , qui interroge les notions d’identité et de territoire.

Cet atelier tente de trouver des formes et des procédures nouvelles pour élaborer un travail en relation avec l’Autre en abordant la photographie de manière collective : c’est un projet sur le mode de la collaboration, de la co-production où chacun est acteur de sa propre représentation.
Le travail d’équipe est une conséquence logique du projet. Il implique dans son principe même, par la place prééminente qu’il offre au réel, un nouvel équilibre entre l’artiste et le monde. Nous estimons que notre rôle, en tant que photographes, est d’entreprendre, de restituer et de nous interroger sur la manière de faire et de montrer des images. Nous nous faisons metteur en scène.
L’expérience du commun dans le travail, au sein de Pinhole Project, est le germe d’un processus en devenir où par la mise en place d’un déplacement du regard s’initie des perspectives nouvelles du rapport l’Autre, de la relation au monde et à ses représentations.
C’est par la friction entre les êtres qui décident de vivre une aventure commune, que s’amorce une vision tout à fait nouvelle et balayée de préjugés.

Photographier avec un sténopé

A l’heure du numérique, le sténopé propose une approche complètement différente de la photographie.

Le sténopé, du grec “ sténos ” étroit et “ ôps ” œil, fonctionne sur le principe de la chambre noire appelée également camera obscura. C’est l’ancêtre de nos appareils photo moderne. Une simple boîte étanche à la lumière, munie d’un très petit trou permet de reproduire une image. Après le passage de la lumière par l’orifice, elle se forme au fond de la boîte. Elle est inversée de haut en bas et de droite à gauche. L’image est enregistrée sur un papier argentique. Cet outil, simple et rudimentaire permet de découvrir tout le processus de la mystérieuse fabrication des images sans avoir de grandes connaissances techniques. Ici, on apprend à apprivoiser le temps, la lumière, son modèle. La particularité de l’image obtenue a le pouvoir de transformer le tout ordinaire.

Principe optique, dessin
Pinhole Project,
France, 2008.

Laboratoire mobile,
argentique noir et blanc. Mercédès 406.

Boîte sténopé plan film
Format : 4 x 5 inch Diaphragme : 256 Distance focale : 75 mm

Boîte sténopé à calotype
Format : 13x18 cm Diaphragme : 360 Distance focale : 100 mm

La boîte intrigue et sollicite certains à entrer en relation avec nous. C’est un outil fédérateur qui nous permet d’établir une connexion spontanée, des rencontres impromptues. Elle nous permet de nous enrichir de l’histoire individuelle et collective des lieux parcourus. Les longs temps de pose, nous les mettons à profit pour tisser des liens, créer des espaces de dialogue et de partage d’expériences. C’est l’éloge de la lenteur ; le temps de la pensée et de la réflexion.

Chaspa,
prise de vue numérique,
Pinhole Project,
Mostar, BIH, 2006.

Cette technique nous permet également de tenir compte de l’avant et de l’après du geste photographique. De la patience à considérer ce qui constitue le lieu, l’endroit choisi ; de décider de sa position, de sa situation, et, d’ajuster sa propre lunette intérieure.

Avec ce procédé, il est impossible de «mitrailler». On n’arme pas, on ne vise pas, on ne shoote plus. On est à juste distance, attentif à la lumière de chaque instant, établissant le temps nécessaire à la prise de vue pour figer l’inscription photographique sur le papier, le film. S’adapter au temps de production des images.

Atelier Musée d’art Moderne,
Prise de vue sténopé
Pinhole Project,
St Etienne, France, 2007.

Si l’utilisation de la camera obscura relève d’un certain archaïsme, elle a le mérite de nous éloigner des codes et des normes de représentation d’un monde soumis à l’image, où la vitesse de prise de vue, la neteté, l’instantanéité apparaissent comme seuls critères du réalisme.

Pinhole Project travaille aux confins de la fiction et de la réalité, à des images qui ne mentent pas, des images qui s’assument dans leur subjectivité sans jamais franchir le pas d’une esthétisation gratuite. Le but n’étant pas de décrire ni d’enregistrer, mais d’inventer de nouvelles visibilités.

La particularité de l’image sténopé organise notre sensibilité vers un temps suspendu, une écriture poétique qui nous transporte vers un ailleurs : celui d’un territoire en création, fait de sensibilités multiples, de points de rencontre et de rupture aussi.

Voilà les interrogations qui nous animent, sur le trajet qui se construit et s’organise autour du Pinhole Project. Une pratique où tout s’expérimente dans le moment de la rencontre.

C’est ceci qui nous donne objectivement cette envie de partage. Créer quelque chose de plus sensible aux processus qu’à l’empreinte, aux problématiques qu’au constat, aux êtres qu’aux choses.